www.Payot.ch
Panier
contient 0 article(s)
Votre liste contient 0 article(s)
contient 0 article(s)
AccueilNos livresNos autres produitsNos LibrairiesNotre Entreprise
Recherche simple Recherche avancée Recherche par thème
Français | English
Sélections
Imprimer cette pageRéduire le texteAgrandir le texte

James Ellroy. L’art de la trahison


Christophe Passer

«Underworld USA», qui conclut la trilogie d’Ellroy sur les sixties américaines, roule comme une pièce
de monnaie sur sa tranche:
pile la trahison, face la rédemption. C’est souvent pile.


L’écrivain plonge dans les sous-sols de l’Amérique des années 1968 à 1972.

James Ellroy adore répéter qu’il n’aime pas les films de Martin Scorsese. Il les trouve trop «cathos»: le cinéaste new-yorkais construirait ses intrigues sur la possibilité du rachat. Revendiquant des polars «protestants», Ellroy n’imagine précisément guère de rachat possible. Ses héros survivent avec une culpabilité lourde, totale, voulue par un dieu-hydre avide, jamais rassasié et demandant sans cesse de nouveaux sacrifices. En clair, des morts à coups de flingue, ou massacrés avec un club de golf. La fascination qu’exercent ses romans vient de cette descente infernale. Personne ne s’en sort jamais. Tout le monde en est réduit à guerroyer, solitaire et foutu d’avance, contre ses démons, ses souvenirs et évidemment ses trahisons.

Car c’est la trahison qui est au cœur du système Ellroy.
Underworld USA doit être un sommet du genre, et cela dans toute l’histoire de la littérature. Il faudrait remonter aux Borgia ou aux Tudor pour rivaliser vaguement, et encore: des enfants de chœur que tous ceux-là face à J. Edgar Hoover, Howard Hugues, ou les mafieux Sam Giancana et Carlos Marcello. Cela pour ne citer que quelques-uns des protagonistes «réels» du livre, dont l’intrigue se situe entre 1968 et 1972.

Los Angeles, Vegas, Saint-Domingue, triangle peu vertueux où Ellroy fait se croiser ces joyeux drilles («on peut faire ce qu’on veut avec eux, de toute façon, ils sont morts», ricane-t-il) avec ses personnages de fiction. Dwight Holly est un sbire de Hoover. Tedrow un ancien flic qui traficote de l’héroïne et veut grimper les échelons chez ce folingue paranoïaque de Hugues. A part ça, il a descendu son raciste de père, et s’envoie son ex-belle-mère. Joan Rosen est une gauchiste fatale. Don Crutchfield un jeune privé, légèrement givré et obsédé par les femmes: une sorte de miroir d’Ellroy jeune, confesse l’écrivain.

Génie double. A partir de là, ajoutez un braquage violent et mystérieux dès le départ (une scène d’ouverture magnifiquement épouvantable), un tas d’émeraudes, et ensuite, comment dire? Tout le monde trahit tout le monde. Sans cesse et sans arrêt, une sorte de double jeu permanent et tragique. A l’arrivée, les âmes se perdent, évidemment, et il n’est pas sûr que ce soit celles des morts qui soient les plus à plaindre.

Le génie de cette folie est double, lui aussi. D’abord, il induit une littérature qu’Ellroy signale comme «morale» (ses héros sont dévorés par leurs cauchemars et remords). Ensuite – ou surtout – il s’agit de romans noirs éminemment transgressifs. Car il ne s’agit plus d’y faire gagner les bons ou les méchants, juste de les constater se débattant dans leurs tourments. L’effet de vérité est garanti vertigineux, aidé par un auteur obsédé par la justesse des détails et une énorme documentation.

Il est habituel de lire dans la biographie épicée d’Ellroy lui-même les racines de son travail: le meurtre non élucidé de sa propre mère, son passé de petit délinquant, ses provocations, son amour du golf et des sous-vêtements féminins… Mais cela n’explique pas l’essentiel. Et il réside dans cette écriture à la fois épurée et abrasive jusqu’au sang, mais qui n’oublie jamais le lyrisme ou le sens du coup de théâtre. Il en faut pour tenir en haleine sur 800 pages un lecteur embarqué dans cette histoire pas résumable. Il en faut pour avoir le culot d’une pareille trilogie, commencée en 1995 avec
American Tabloid (l’attentat contre John Kennedy), poursuivie six ans plus tard avec American Death Trip (les assassinats de Bobby Kennedy et Martin Luther King).

Il y a ainsi de l’épique chez Ellroy, un souffle qui est celui du halètement: la peur, la fuite, la poursuite parfois. Il y a du cynique aussi: cette manière de froideur, de dureté presque ironique. Enfin, il y a de l’érotique: cherchez la femme, toujours, qu’elle soit victime, souvent, amante, ou alors au coeur de l’intrigue. Le personnage de Joan Rosen Klein, la Déesse rouge d’
Underworld USA, est de ce point de vue l’un des plus passionnants jamais composé par l’Américain.

Maintenant, le livre est à vous, comme dirait Ellroy. «Je suis venu vous dire que tout est vrai et que ce n’est pas du tout ce que vous pensez», lâche-t-il d’entrée. Vous penserez avoir dans les mains un roman noir et serez trahi, comme toujours. Car il s’agit de tellement plus: un grand livre et un écrivain immense.

SOMMAIRE
ÉDITO.
ENTRETIEN. Slavoj Zizek
VOGUE. Être parents
PRIVÉ. Catherine Lovey
ROMANS FRANÇAIS ET SUISSES
ROMANS ÉTRANGERS
POCHES ET POLARS
SOCIÉTÉ ET HISTOIRE
POLITIQUE ET PLANÈTE
CRITIQUES I. James Ellroy
CRITIQUES II.
Véronique Olmi, V.S. Naipaul, Amanda Eyre Ward
CRITIQUES III.
Luis Sepulveda, Alexandra Marinina, Natsuo Kirino
CRITIQUES IV.
Tolstoï, Poe, Camus - Pierre Simenon - Astrid Wendlandt
son livre
9782743620370.gif
James Ellroy
Prix: CHF 44.60

et aussi...
9782743602673.gif
James Ellroy
Prix: CHF 19.00

9782743611705.gif
James Ellroy
Prix: CHF 19.00

9782743617189.gif
James Ellroy
Prix: CHF 36.60