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« Écrire, pouvoir écrire, c’est extraordinaire, mais aussi très angoissant».
Catherine Lovey

Avec son troisième livre, Un roman russe et drôle, l’auteure romande nous emmène en Sibérie. Mais c’est chez elle, à Corseaux, que nous l’avons rencontrée.
Les récits de Catherine Lovey marient la quête et l’énigme, son écriture s’apparente au voyage, sa patrie fantasmée ressemble à cette Russie aussi riche que paradoxale qui la hante depuis toujours et dont elle a fait le décor de son dernier livre, Un roman russe et drôle. Un texte beau, riche et complexe, où il est notamment question d’écriture, et plus particulièrement d’une jeune femme écrivain fascinée par le personnage (réel) de l’oligarque Mikhaïl Borissovitch Khodorkovski. L’un des hommes les plus riches et les plus puissants du monde mais qui, apparemment sans n’avoir rien fait pour échapper à ce destin, s’est retrouvé emprisonné par la justice de son pays dans un bagne sibérien.
Rencontrer Catherine Lovey chez elle, dans la petite maison de Corseaux qu’elle partage avec son mari, le journaliste Patrick Ferla, ses deux enfants de 12 et 20 ans, et ses quatre chats, paraît donc au premier abord absurde, et surtout réducteur. Mais croire sans attaches ni racines cette fille «de paysans de montagne valaisans» serait une grave erreur. Terrienne, elle le reste dans sa complicité avec la nature et surtout dans cette confiance qu’elle accorde à l’instinct.
Des couleurs gaies sur les murs, un nombre surprenant de lampes, un grand calme et surtout pas de rideaux: l’intérieur de Catherine Lovey, 43 ans, affiche son indifférence face aux conventions et aux contraintes. Il témoigne aussi de deux besoins essentiels de l’auteure: la lumière et le silence. Pas de musique donc, mais des bibliothèques, dans chaque pièce, un rapport goulu, presque maladif aux livres qui remonte à l’enfance et qui nourrit son quotidien. «Ecrire, pouvoir écrire, c’est extraordinaire, mais aussi très angoissant. Lire les autres me sauve et m’encourage en cours de travail. Et quand j’ai peur que mon texte ne meure, je me plonge dans le journal des écrivains, mes interlocuteurs privilégiés, de véritables piliers.» Des livres, par petits groupes, en tas, débordant des rayons, on en retrouve jusque dans la toute petite chambre avec vue qui, à l’étage, lui sert de bureau. C’est là qu’elle écrit, souvent en compagnie de sa chatte Câline, la seule admise dans ce lieu très privé.
Partie vivre en Sibérie. Catherine Lovey écrit depuis l’enfance. Un besoin, une urgence qui, après des études en relations internationales, ne lui semblent cependant plus compatibles avec ses responsabilités professionnelles et familiales. Alors elle brûle tout, et pendant une dizaine d’années, elle exerce «avec beaucoup de plaisir» le métier de journaliste économique à la Tribune de Genève, puis à L’Hebdo. Etouffée mais pas éteinte, sa passion la rattrape à l’an 2000. Après un diplôme en criminologie, elle signe aujourd’hui son troisième livre dont la belle couverture a été conçue par son beau-fils, Julien Ferla.
A l’écouter, Un roman russe et drôle pourrait aussi s’intituler «Recherche héros désespérément». Il y est en effet question de désarroi, d’absence d’utopie, de la déception de toute une génération qui avait vu dans la chute du Mur l’avènement d’un monde différent. Valentine Y, l’écrivain du roman qui a connu la Russie d’avant 1989, refuse d’abdiquer. Elle veut croire qu’il existe d’autres valeurs, et qu’elles se trouvent peutêtre là où l’on ne les attend pas. Pour la suivre sur les traces de Mikhaïl Khodorkovski, Catherine Lovey est partie vivre en Sibérie. «Une région, dit-elle, dont on peine à dire ce qu’elle est.» Un monde extrême qui incarne à merveille dans ce livre le territoire même de l’écriture.