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À Gênes, alors qu'elle est prêtée par le Louvre au Palazzo Rosso, la Joconde est détruite lors d'un attentat à la bombe. Scandale planétaire, émotion universelle. Au même moment, une fille enterre sa mère qui adorait Mona Lisa – un amour développé au moment où son mari volage la quitta pour une femme plus joyeuse. «La Joconde fut sa vie», fait écrire l’indigne héritière sur le faire-part de sa génitrice, avant de se ruer dans un magasin de peinture pour se munir de tout l’attirail nécessaire à l’opération «blanc»: recouvrir, noyer, anéantir les dizaines de reproductions du sourire fatal qui hante l’appartement de la défunte. Sus à Mona Lisa, mort à la Joconde, à bas le symbole du tourisme moutonnier et de la religiosité de l’art de masse.
Mais il n’est bien entendu pas si simple de se débarrasser de sa mère, fût-ce par l’entremise du tableau le plus célèbre du monde. D’abord, il y a la famille, généralement fort peu compréhensive. Les sœurs de la morte, le grand frère moralisateur s’ingénient à vous décourager, vaguement effrayés par votre frénésie à la destruction. «Cela ne se fait pas!» Ben voyons. Ensuite, l’adjoint du croque-mort s’en mêle, prétextant des conversations nocturnes avec la morte pour se muer en amant appréciable. On ne retrouve toujours pas le terroriste poseur de bombe, mais à Dresde, un musée prétend posséder la vraie Joconde. Scandale planétaire, émotion universelle. Et pendant ce temps, la presse transforme la narratrice en artiste star, prenant la tornade blanche pour une performance à leur intention.
Publié il y a dix ans par les Editions québécoises Vents d’Ouest, ce court roman paraît enfin en Suisse romande, et ce n’est que justice: drôle, piquant, enlevé, il rend hommage à l’imagination fertile de la Chaux-de-Fonnière. Romancière, dramaturge et journaliste, elle décrit avec verve cette lutte à mort entre un être humain et une œuvre d’art devenue ennemie. En passant, on apprend tout des secrets du fameux sourire, des théories les plus fumeuses sur les liens entre da Vinci et son modèle, la Signora del Jocondo, aux images que l’on est supposé voir derrière le visage de femme. Bernadette Richard nous raconte la vie mouvementée de l’icône, de son arrivée en France quasi clandestinement en 1516, avec son papa Léonard, à la fausse annonce de son vol en 1910. Dans son précédent Ceci est peut-être un roman, une écrivaine rencontrait une vieille pianiste excentrique qui lui racontait sa vie et ses souvenirs, en tous points identiques à un roman que l’auteure avait détruit quelques années auparavant. Une même touche légère de fantastique, doublée d’une causticité sans faille, anime Requiem pour La Joconde. Chic. l IF

L'enfance est un coffre à trésors d'où ne cessent de s'échapper, la vie durant, larmes de crocodile et barbe à papa sucrée. Fort de ce principe, La Joie de Lire crée une nouvelle collection, Rétroviseur, qui invite des écrivains à se pencher sur leurs jeunes années. Eugène Meiltz, dit Eugène, danseur fou du groupe Sakaryn sagement devenu écrivain, l'inaugure avec La vallée de la jeunesse, récit cocasse, tendre et ludique dans lequel, en vingt objets significatifs, il livre les pans décisifs de son enfance lausannoise. Entre des parents roumains affectueux, l'arrivée en Suisse dans les années 1970, l'adolescence pucelle et solitaire, passionné de La guerre des étoiles, les cours de théâtre où seuls il parle sans bégayer, plaisirs et malheurs sont aussi vifs qu'alors, et l'écriture impeccable. I IF