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Richard Francis Burton, Alexander Laing ou le couple Johnson, autant de grands voyageurs qui sont les héros d’une rentrée aventureuse.

Il était un temps où les cartes de géographie étaient parsemées de taches blanches plus ou moins larges. En ce temps-là, l’explorateur de vaste monde était une espèce répandue et audacieuse, courant après la gloire, l’argent, la solitude, la connaissance ou la folie. James Bruce, Jacques Cartier, Hernán Cortés, Vasco de Gama, David Livingstone, Mungo Park, Marco Polo, Jean-Baptiste Tavernier – touchés par la grâce de l’appel du large –, ceux-là et beaucoup d’autres ont parcouru terres et mers à la recherche de mondes et de peuples nouveaux. Ceux-là autant que Richard Francis Burton, Alexander Laing ou Martin et Osa Johnson, héros de trois fabuleux romans.
Pour écrire Le collectionneur de mondes, qui raconte la vie de l’officier anglais Richard Francis Burton, l’aventurier le plus énigmatique et le plus captivant de son siècle, génie des langues et du déguisement, amateur de toutes les perversions humaines, espion, premier voyageur occidental à être entré à la Mecque, Ilija Trojanow est devenu Richard Francis Burton. L’écrivain allemand, né en Bulgarie en 1965, a visité la Tanzanie, étudié l’islam, passé de longues années en Inde, effectué, après une longue préparation, le pèlerinage de la Mecque. Son gros roman, librement inspiré de la vie de cet homme qui passa son existence à repousser les limites du possible, est aussi foisonnant et palpitant que son modèle.
C’est à un autre génie du déguisement, René Caillé, que la découverte de Tombouctou est attribuée en 1827. Deux ans auparavant, un jeune militaire écossais, Alexander Laing, voyageant en uniforme et sans aucune tentative pour se fondre dans le paysage, était parti de Tripoli pour atteindre la cité mythique. Il l’atteint, mais blessé, et finalement est assassiné en repartant de Tombouctou. Pour son septième roman, La traversée du désert, la biologiste et romancière française Isabelle Jarry imagine une photographe qui tente d’écrire un livre sur Laing, échoue, mais de cette tentative fait un voyage intérieur essentiel à la compréhension de sa propre vie. L’implication de l’auteur, qui a elle-même suivi Théodore Monod dans le désert, est forte et inspirée.
Les amants de l’aventure. Tout autant que Michel Le Bris qui, avec le destin fabuleux d’Osa et Martin Johnson, les fameux «amants de l’aventure», a trouvé un sujet à sa démesure. Tous les grands thèmes qui accompagnent l’oeuvre du fondateur du Festival Etonnants Voyageurs, de Saint-Malo, se retrouvent dans La beauté du monde: la passion du lointain, la beauté terrifiante de la vie sauvage, l’urgence de la préservation de cette même nature, la mythologie de la dernière frontière, la possibilité pour l’art de dire cette beauté. Ce roman généreux, précis et poétique à la fois, suit le couple d’aventuriers stars et glamour des années 20 dans ses moments décisifs: Bornéo, New York et, surtout, le Kenya, où ils filmeront comme personne, avant ni après eux, la vie sauvage telle qu’à l’âge de l’innocence du monde. En 1935, leur avion s’écrase en Californie. Martin meurt, Osa est gravement blessée. Elle mourra à New York, en 1953, d’une crise cardiaque.
Osa et Martin Johnson, Richard Francis Burton, Alexander Laing: une seule drogue coule dans leurs veines, l’appel du large, le call of the wild de Jack London, de Robert Stevenson et de tous les pionniers partis à la conquête des taches blanches sur les mappemondes. «Nous sommes des êtres de manque, explique Le Bris. On nous appelle. On peut trouver des explications religieuses, inventer des fictions explicatives. C’est ainsi.»
Personnage, lui, fictif, le marin anglais Thomas Cave demande, en 1616, à être abandonné durant un an sur une île déserte au nord du cercle polaire pour prouver qu’on peut y survivre. Le journal de son hiver infernal raconté dans La solitude de Thomas Cave, de l’Anglaise Georgina Harding, est hypnotique, et traversé d’un doute intense: «Jamais nous n’aurions dû aller là-bas. Nous avons investi des régions qui ne nous étaient pas destinées.» I ISABELLE FALCONNIER