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Faut-il lire Houellebecq ?
Faut-il lire le nouveau Houellebecq ? C’est la question à laquelle les libraires et les lecteurs professionnels, dont votre serviteuse, répondent dix fois par jour depuis leur retour de vacances. Hélas, même en flattant mes instincts les plus autoritaristes, je suis au regret de vous avouer qu’il n’y a pas de réponse unique.
En absolu, la réponse est oui, mille fois oui, on ne perd jamais son temps à lire un livre, fût-il mauvais, devrait-il ne pas vous plaire. De manière adaptée et relative, tout dépend de l’usage que vous souhaitez faire de cette lecture, le résultat que vous en escomptez. Si vous cherchez «simplement» une bonne histoire forte et romanesque qui vous fasse oublier le réveil du lendemain, des personnages étonnants et bouleversants, la réponse est non.
La carte et le territoire (Flammarion) est un livre plus compliqué. Satire du monde de l’art contemporain, des médias et des affaires, name-dropping qui distribue gommettes et mauvais points à quelques personnalités du moment – l’auteur aime Beigbeder mais pas Lepers, il aime Jean-Pierre Pernaut mais n’aime plus Damien Hirst –, elle met en scène Houellebecq lui-même dans une grande mascarade narcissique ambiguë. A tel point que, forcément, La carte et le territoire suscite débats, questions et polémiques. Se prend-il à ce point au sérieux pour imaginer son propre enterrement? Est-il ironique ou non devant cet artiste qui trouve la gloire en photographiant des cartes Michelin? Que pense-t-il vraiment de l’art contemporain? Est-il génial ou ennuyeux, ou les deux à la fois? Si vous cherchez à prendre part à la grande marche du monde et à participer à la discussion de l’agora, si vous voulez mesurer votre agacement à celui de Tahar Ben Jelloun devant ce «bavardage» et cette «écriture affectée», oui, lisez le nouveau Houellebecq.
P.-S.: Dans le club des tirages à 50 000 exemplaires et plus, soit les best-sellers annoncés, dont fait partie le Houellebecq, agréable surprise: ils sont bons! Le Amélie Nothomb est fantastique, Une affaire conjugale, d’Eliette Abécassis, cruel et moderne, le Jean d’Ormesson, plus mélancoliquement gracieux et faussement naïf que jamais, les trois nouvelles des Jeux de la nuit, de Jim Harrison, magistrales, L’amour est une île, le nouveau livre de Claudie Gallay, auteure du best-seller -surprise en 2008- Les déferlantes, tient toutes ses promesses.
Isabelle Falconnier, Rédactrice en chef adjointe, L’Hebdo
Vive la langue verte et vivante !
En octobre 2008, à la Société de lecture de Genève, à l’issue de la partie officielle de remise du prix des Lectrices edelweiss – dont Payot Libraire est partenaire – une jeune femme, appelons-la Géraldine, sœur de l’un des membres du jury, est venue me trouver et me tint à peu près ce langage: «Je trouve formidable tous ces gens qui vivent dans les livres et en parlent savamment. Moi, je ne lis pas. Enfin, si, mais uniquement des San-Antonio.»
Quelle ne fut pas sa surprise de m’entendre lui répondre que c’était très bien, et qu’elle n’avait à en ressentir ni complexe ni sentiment d’infériorité par rapport à d’autres lectures. J’ai moi-même «appris à lire» les romans, en quelque sorte, dans les livres de Frédéric Dard, lorsque j’avais une douzaine d’années.
Ma chère Géraldine, vous pouvez définitivement brandir haut et fort votre affection pour le célèbre commissaire, qui vient de faire une entrée remarquée (4 volumes sont déjà parus) dans la célèbre collection «Bouquins» à la lettre S, entre Sainte-Beuve et George Sand.
Il aura fallu plus de soixante ans entre la création de son personnage (1949) et dix ans après son décès en 2000 pour que prenne fin cet ostracisme envers ce qu’on appelait péjorativement «littérature de gare», dans lequel l’avaient relégué d’une part le genre du roman policier français, qui n’est devenu un genre littéraire accepté que depuis moins de vingt ans, ainsi qu’un langage et un style particuliers, des personnages hauts en couleur et des aventures plus travaillées qu’il n’y paraît.
Aux réfractaires et sceptiques qui voudraient tenter l’aventure, je conseillerais de commencer la lecture au volume 3. Dans les volumes 1 et 2, qui relatent les vingt premières enquêtes (publiées entre 1949 et 1955), on sent que Frédéric Dard n’est pas encore totalement convaincu que son commissaire San-Antonio sera l’œuvre de sa vie: cette lecture chronologique complète est davantage pour les inconditionnels et aficionados, qui aimeront voir le personnage prendre de l’ampleur, de la carrure et de la personnalité. Si Félicie, sa «brave femme de mère», apparaît dès les origines, les autres figures inoubliables (les inspecteurs Bérurier et Pinaud, notamment) ne s’affirment comme personnages à part entière qu’à partir de 1955-56.
Admiré notamment par Jean Cocteau, grand amateur de langue verte, il était grand temps que San-Antonio, avec 175 titres publiés, soit enfin reconnu comme un phénomène majeur de la littérature francophone du XXe siècle qui aura su, à l’instar d’un Céline, bousculer la langue, jouer avec elle loin des académismes et des lectures ennuyeuses. Voilà qui est fait !
Pascal Vandenberghe, Directeur Général, Payot Libraire

Son saisissant et implacable «Quand j’étais normal» fait basculer le lecteur dans un monde paranoïaque et incertain: celui dans lequel nous vivons.

Cinq auteurs situent leur nouveau roman dans cette époque où se bousculèrent idées et principes, sexe et politique. Des années tout à la fois de braise et de plomb.

«Pourquoi les élèves romands ne connaissent-ils pas mieux les écrivains d’ici?», s’interroge l’auteure lausannoise.

Il y a ici des amours contrariées, des parcours chaotiques, à travers la France, l’Europe et l’Histoire. Il y a des amours qui durent, des amours inattendues. Des femmes qui vivent d’espoir, tandis que d’autres attendent.

Les auteurs francophones s’interrogent. Ils cherchent un sens aux choses et aux événements, à la Guerre d’Algérie, au théâtre ou aux inventions. Si bien qu’un de leurs personnages installe une webcam chez lui pour observer sa propre cuisine...

De Londres à l’Afrique du Sud, en passant par les Etats-Unis et l’Estonie, ces romans abordent le monde et les destins qui s’y déroulent de diverses manières, graves, amusantes ou intrigantes.

Fait divers à Bombay, complots à Vienne, éducation des «sauvages» en Tasmanie, le monde regorge d’événements et de situations romanesques, de personnages étonnants, d’histoires rocambolesques.

Pourquoi lire ? Que se passe-t-il vraiment dans un aéroport ? Quels personnages habitent l’œuvre de Proust ? Voilà quelques-unes des questions que posent les livres de notre sélection, et auxquelles ils répondent.

Léon et Sophie Tolstoï. Disputes conjugales et littéraires. Deux éditeurs publient au même moment un volume où se trouvent réunis les textes des époux : La sonate à Kreutzer et A qui la faute?


