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Vogue. Années 70. Une décennie d'excès


Michel Audétat

Claude Arnaud, Alain Mabanckou, Virginia Bart, Anthony Palou et Giorgio Vasta ont un point commun: tous situent leur nouveau roman dans les années 70. Du Finistère au Congo-Brazzaville en passant par la Sicile, on les a suivis.


Des années de remous et de circonvolutions sexuels, intellectuels et politiques.

Dans notre imaginaire, les années 60 ont pris la forme d’un mythe édénique autour duquel on communie en regrettant leur légèreté envolée. Les années 70 sont plus compliquées, plus tortueuses, plus ambiguës et, du coup, peut-être plus intéressantes pour le romancier. La rentrée littéraire invite à y retourner. Claude Arnaud, Virginia Bart, Anthony Palou, Alain Mabanckou et Giorgio Vasta ont un point commun: tous ont choisi de se frayer un chemin romanesque à travers ces années de braise ou de plomb.

Qu’as-tu fait de tes frères? débute dans les sixties, mais saute bientôt à la décennie suivante. Claude Arnaud a écrit l’histoire d’une fratrie prise dans les remous politiques, intellectuels et sexuels de cette époque. En réalité, le narrateur néglige le frère cadet, évoque plutôt les dérives de ses aînés Pierre et Philippe, mais parle surtout de lui-même.
Le narrateur flotte si bien au gré des années 70 qu’il lui est donné de tout connaître: le trotskisme monacal de Lutte ouvrière, la gamme complète des paradis artificiels, le maoïsme de la Gauche prolétarienne, les explorations sexuelles sans boussole, les cours de Barthes et le séminaire de Lacan, la compagnie de Félix Guattari, Jean Genet, Hervé Guibert… Et même la cohabitation avec un Frédéric Mitterrand dont le mode de vie ne laisse pas encore transparaître le futur ministre. Plus qu’un roman, Claude Arnaud semble avoir écrit un guide du Paris seventies. Il pratique le «name-dropping» cultivé avec frénésie et l’histoire de la fratrie se noie dans cet océan de références.

Vélo et rêves de Goa. «On ne reverra pas de sitôt une époque si excessive», écrit Claude Arnaud, et peut-être Virginia Bart s’en réjouira-t-elle. Son premier roman, L’homme qui m’a donné la vie, décrit le malheur d’avoir eu un père hippie. Le sien traînait son vélo, sa guitare, ses retours d’acide, ses rêves de Goa et son immense irresponsabilité paternelle.
Les années 70 de Virginia Bart ont une saveur amère: elles vont hanter la vie de la narratrice qui ne sait trouver la bonne distance avec ce mauvais père. Elle cherche à l’oublier. S’en rapproche malgré elle. Lui en veut. Aimerait ne plus lui en vouloir. Et finit par surmonter sa honte de lui en se disant qu’il était sans doute moins un hippie qu’une sorte de Jack Kerouac né trop tard. On déplore toutefois une écriture un peu plate, trop explicative, encore prise dans le moule journalistique où elle s’est formée.

En revanche, le style d’
Anthony Palou a de la personnalité. Fruits et légumes s’insinue à petites touches dans la vie d’une famille maraîchère. Le narrateur a 7 ans en 1972. Il grandit dans le Finistère et accompagne son père aux halles de Quimper où il fait commerce. La précision du trait donne à cette évocation ironique et mélancolique un charme raffiné. Les années 70 glissent ici sur une pente fatale. L’entreprise du père disparaît dans un incendie. Les supermarchés montrent les dents. Et le narrateur achève la décennie dans les bras de Marie, la fille du charcutier, qui mâchouille des Malabar et se révèle frigide.

Palmarès révolutionnaire. Alain Mabanckou, lui, raconte ses seventies sous le soleil du Congo-Brazzaville et sous le règne de Marien Ngouabi qui s’ingénia à pratiquer une variété de marxisme à l’africaine. D’inspiration autobiographique, Demain j’aurai vingt ans épouse et déjoue tout à la fois la candeur de l’enfant qu’il fut alors. D’une écriture printanière, le récit amuse, séduit, touche. L’oncle communiste est un personnage formidable. Saisie à travers ce prisme congolais, l’actualité de ces années-là tourne au burlesque. Parfois, on se dit pourtant que Mabanckou sait trop bien faire du Mabanckou, et qu’il en profite un peu.

Infiniment plus crépusculaire,
Le temps matériel de Giorgio Vasta ne traite que d’une seule année, 1978, quand l’Italie vécut l’enlèvement et l’assassinat d’Aldo Moro par les Brigades rouges. Ce premier roman imagine un trio d’enfants de 11 ans qui, à Palerme, s’intéressent aux actions brigadistes pour les imiter à leur modeste échelle. Ce qui débute comme un jeu cesse bientôt d’en être un, le mimétisme les amenant eux aussi à enlever et assassiner un de leurs camarades. Pour écrire Le temps matériel, Giorgio Vasta s’est longuement penché sur la rhétorique des Brigades rouges et la question du langage est au cœur de son roman. C’est un livre complexe, savamment élaboré, tendu, prenant. Et c’est un très grand roman sur ces années de plomb qui continuent de hanter l’Italie contemporaine.

SOMMAIRE
ÉDITO.
ENTRETIEN. M. Weitzmann
VOGUE. Les années 70.
PRIVÉ. Marie-Jeanne Urech
ROMANS FRANÇAIS (1)
ROMANS FRANÇAIS (2)
ROMANS TRADUITS (1)
ROMANS TRADUITS (2)
ESSAIS & DOCUMENTS
CRITIQUES I.
Léon et Sophie Tolstoï
CRITIQUES II.
Amanda Boyden, Laurent Gaudé, Jim Harrison, Raymond Carver
CRITIQUES III.
Marc Dugain, Robert Solé, Etienne Barilier
CRITIQUES IV.
Pascal Mercier, Will Self, H.M. Enzensberger
LES...
9782246771111.gif
Claude Arnaud
Prix: CHF 35.80

9782283024669.gif
Virginia Bart
Prix: CHF 23.40

9782226215185.gif
Anthony Palou
Prix: CHF 25.70

...LIVRES
9782070129621.gif
Alain Mabanckou
Prix: CHF 34.90

9782070126385.gif
Giorgio Vasta
Prix: CHF 35.60