© Magali Girardin / Persil.com
La lecture, un «truc de filles»? Parfaitement! A la sortie de l’école, 58% de garçons ne liraient pas contre 34% de filles. Par cette cohorte de jeunes filles en fleurs alléchées, les éditeurs pour la jeunesse se sont mis au travail. Du coup, il est loin le temps où les lolitas erraient du
Club des Cinq aux
Malheurs de Sophie. Effet marketing ou reflet de la société, les romans adressés aux préadolescentes fleurissent. Désormais, celles qui n’aiment pas Harry Potter ont des livres qui leur ressemblent: ils causent garçons, copines, premier baiser, mascara, boums et régimes. Des petites sœurs de Bridget Jones, version 13-17 ans.
Face à la concurrence des jeux multimédias, des BD et des magazines de pop stars délivrant une satisfaction immédiate, les éditeurs font irruption dans la même catégorie: cette «chick litt», littéralement «littérature de poulette», comme on la surnomme dans les pays anglo-saxons, se consomme comme un agréable entre-deux. Moins littéraire que Dumas ou Pennac, plus proche de leur quotidien que
Le Seigneur des Anneaux ou les Chair de Poule, la «chick litt» se lit vite et avec un plaisir non dissimulé.
C’est qu’à chaque page, saperlipopette, il est question de cette adorable lectrice de 13, 15 ou 16 ans, chipie mais incorrigible romantique, fleur bleue mais l’oeil rivé aux kilos affichés sur la balance, piquant les rouges à lèvres de maman mais papotant des heures au téléphone, priant pour ne pas se planter au test de math, tout en se demandant si deux amoureux ne valent pas mieux qu’un. A la suite du
Journal intime de Georgia Nicolson (Gallimard), dont l’originalité et le franc-parler ont déjà séduit plus de 2 millions de lectrices dans le monde – lire le dernier
Syndrome Allumage Taille Cosmos, où «Gee» se révèle plus insupportable et marrante que jamais – se développe une littérature qui permet aux filles d’aujourd’hui de se projeter dans un univers cousin et rival de celui de leurs mères. La dernière-née de ces collections s’appelle Planète Filles (Hachette). Tonique et drôle, elle propose notamment des textes d’auteurs-cultes – dont Meg Cabot et son fameux
Journal d’une Princesse –, illustrés par de grands noms de la presse féminine.
Samantha, 15 ans, héroïne d’un jour, son titre le plus récent, plonge avec jubilation dans le quotidien de Samantha, qui sauve le président des Etats-Unis, tout en ayant le coeur qui balance entre le petit copain de sa grande soeur et le caïd du lycée. Ça marche: les demoiselles adoptent avec reconnaissance ces romans aux couvertures aussi éclatantes et ludiques qu’un coeur de 15 ans qui balance entre amour et humour. Bien sûr, les clichés abondent. Les nymphettes mesurent leur potentiel de séduction à l’aune de leur décolleté et les boums sont surtout une occasion de conclure. Mais sinon, que de petits bijoux, quelle finesse, quelle tendresse dans ce regard d’auteurs adultes, souvent mamans elles-mêmes, sur leurs héroïnes!
Dans
Allô,Alex,c’est la cata!, Kathryn Lamb campe une Alex drôle et vivante qui pense qu’il lui suffit de changer de coupe de cheveux pour que le beau John lui demande son numéro de téléphone – enfin, à en croire son journal intime… La petite bande de
Quatre Filles et un Jean d’Ann Brashares (Gallimard), affronte en ce troisième été les émois de l’université. Drôle et attachante, la série évoque l’amitié de quatre inséparables, symbolisée par le jean qu’elles se passent à tour de rôle, en des termes subtils et très contemporains.
La
Gossip Girl, débarquée en français au printemps 2004, est en passe de séduire les chipies francophones: cette série signée Cecily von Ziegesar entraîne ses lectrices dans un collège chic de New York. Amours, amitiés, rumeurs, jalousies, flirts, trahisons: rien n’échappe à la mystérieuse Gossip Girl qui voit tout, entend tout et surtout cafte tout sur son site internet. Bonjour l’ambiance. Le premier tome s’intitulait justement
Ça fait du bien de dire du mal… Effet miroir garanti: les jeunes lectrices préfèrent les héroïnes légèrement plus âgées qu’elles, pour se donner un avant-goût de ce qui viendra. Et celles que l’on peut retrouver tome après tome, histoire de se sentir appartenir à une famille… qui ressemble à la sienne.