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Mettre en parallèle un roman coréen contemporain et un «faux polar» français peut paraître farfelu. Au-delà de leurs profondes singularités, ces livres, pourtant, se rejoignent dans leur caractère un brin décalé et surtout, dans le fait que leur personnage principal est un détective. Un enquêteur à vrai dire pas tout à fait classique.
Kihyon, le «détective» de La vie rêvée des plantes de Lee Seung-U est même assez peu professionnel et plutôt minable. Chargé par un mystérieux commanditaire d’espionner sa propre mère, il va peu à peu découvrir les secrets bien gardés qui se cachent derrière les silences de son père – qui s’est réfugié dans la compagnie des plantes –, le comportement étrange de sa mère et les effrayantes crises d’un frère qui a perdu ses deux jambes à l’armée. Kihyon luimême n’est pas totalement étranger à ces drames, ce qui complique encore les choses. Mais quand la vérité éclate, la parole revient et, avec elle, la possibilité d’enfin manger ensemble. «Quand on reste dans le noir, écrit Lee Seung-U, les ténèbres s’éclairent. Elles engendrent leur propre lumière et chassent
La vie rêvée des plantes est un roman envoûtant. Il est subtilement construit, surprenant, original et paradoxalement très proche de nos tourments d’Occidentaux touchant à la culpabilité, à l’angoisse existentielle, à l’incommunicabilité.
Plus qu’une énigme, c’est une tragédie à l’antique, liée à l’histoire et à la politique de la Corée, au destin de l’individu, à des amours si fortes qu’elles défient la raison et survivent à la séparation. Et les plantes, plus particulièrement les arbres, jouent un rôle forcément central dans cet ouvrage qui constitue, à tout point de vue, une (bonne) surprise.
Le dernier Michel Maisonneuve, Le privé, se joue à un tout autre niveau. Mince opuscule un peu déjanté rythmé par les musiques de Miles Davis, Art Blakey ou Nino Rota, il mêle, avec une logique parfois déroutante, la vie intérieure à la réalité, soit un quotidien résolument sordide et dépriman.
Langue rauque Personnage tout droit sorti du roman noir américain, le privé est une sorte d’ange gardien empathique et bourru qui supporte, au sens fort, un détective sans le sous harcelé par l’administration et des employeurs pourris.
Mais l’intrigue n’a ici guère d’importance. Ce qui compte, c’est le rythme et les mots. Cette langue rauque et pleine d’ironie qui nous avait déjà séduits dans Le chien tchétchène, un «vrai» polar paru chez le même éditeur et sélectionné pour le prix Sang d’encre 2006. |