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Eloge de l'esquive


Olivier Guez


Editeur: Grasset & Fasquelle

Parution: mai 2014

Format: Grand Format

Disponibilité:Généralement expédié sous 3 jours à 4 semaines (selon disponibilité locale)

Dimensions:18.8 x 11.8 x 0.9 cm

Pages:107 pages

EAN13:9782246811893

Chroniques Payot

Payot-L'Hebdo

Coupe du monde au Brésil oblige, le printemps est rythmé par les textes disant dribbles, buts, et génie de George Best. Ce n’est là ni jeu ni sport: des destins.

La bossa nova fusionne le miel et le sperme: c’est Georges Moustaki, qui s’y connaissait dans les deux domaines, qui a dit cela. Il est cité dans Eloge de l’esquive, un livre merveilleux d’Olivier Guez sur ce football brésilien qui est plus que du football. Je crois que cela va bien au football lui-même, le mot du poète: sucre et plaisir, bonheur et Dionysos.
Alors je vais vous dire une vérité de mon cœur: je me méfie des gens qui font marotte de ne pas aimer le football. Je me demande ce qu’ils (se) cachent. Mépriser le foot est l’un des plus grands snobismes de notre époque pas souvent drôle. Passe encore qu’on ne s’y connaisse pas, voire même que l’on ne comprenne rien au hors-jeu, ou au 4-4-2. Mais il existe mille portes pour en deviner une lumière. La chorégraphie des joueurs. Les engueulades devant le poste télé. Le regard si avide d’un gosse qui rêve du maillot du Barça. La façon dont les drames du monde, du racisme à l’argent-roi, du nationalisme à la tricherie, sont constamment révélés par le football. On peut faire avec le foot, sans la moindre naïveté, sans être forcément un crétin pété à l’opium du peuple, de la bistrologie ou de la sociologie, de la statistique ou de la philo sophie: c’est un sport complet.
Cinquante histoires. Donc voilà juin qui vient, et la fête d’une Coupe du monde au Brésil. Oui, problèmes sociaux, FIFA de vioques et baderne corrompues, mais des hommes vont jouer et ce sera miracle. C’est de cela dont parlent les livres de ce printemps.
Le premier qu’il faut lire, c’est Petites et grandes histoires de la Coupe du monde, par Vincent Duluc. C’est l’une des plumes de L’Equipe, le journal qui est au football ce que la collection de la Pléiade est aux autres littéromanies: la mémoire et le génie de raconter la légende. Duluc raconte donc cinquante histoires, quelques pages chacune, toutes vraies, avérées, incroyables, pleines de ce goût du destin qui glisse d’un crampon ou d’une inspiration. Les Allemands dopés à la pervitine en 1954. L’arrêt de Banks face à Pelé en 1970. L’éternel Just Fontaine de 1958. La convulsion de Ronaldo, quelques heures avant la finale de 1998. C’est formidable d’érudition et de sens du récit. Que l’on connaisse ou non certaines de ces histoires: elles sont la mémoire du jeu, les secrets de ses batailles fameuses, ses blessures et ses décorations.
Crier de joie. Cela lu, vous savez les bases de l’aventure: lancez-vous dans Le plus beau but était une passe, de Jean-Claude Michéa. Le titre est une référence à une phrase de Cantona dans Looking for Eric, le film de Ken Loach. Philosophe et penseur rentre-dedans, Michéa publie là une série de textes qui s’interrogent avec une intelligence acide sur le sens du jeu, ses allers-retours avec la société qui nous entoure. Que signifie, par exemple, le fait devenu commun à tant d’entraîneurs de privilégier une stratégie construite sur les erreurs de l’adversaire plutôt que sur une architecture de l’offensive? Quel regard, à travers les années, les intellectuels portent-ils sur le football? Michéa, dans la ligne d’un Camus, creuse cette veine avec talent.
Enfin, l’émotion, enfin, les destinées. Peut-être ne sait-on pas encore le football avant d’avoir crié devant un but. Crié vraiment, crié comme on jouit – encore le sperme: le tir qui gicle, le coup de rein de l’attaquant, et oui, il faut assumer en riant de joie ces ressassées métaphores freudiennes. Car l’on approche enfin le dernier secret quand on pleure, d’émotion, devant l’histoire d’un joueur, sa détresse d’un penalty raté, son accomplissement devant la victoire.
Le génie de Best. Le temps est alors celui de la poésie du jeu: précipitez-vous sur Eloge de l’esquive, le livre de Guez. Il vous raconte Garrincha, le héros du peuple aux jambes tordues. Il ne connaissait qu’un seul dribble qui le fit inarrêtable, deux fois champion du monde, et le perdit dans la mort à 49 ans, l’alcool, la voix d’Elza, la samba cruelle. Guez vous raconte ainsi toutes les histoires du football vert et or, ses origines, comment il vint au café et aux esclaves, pourquoi il est la danse de Socrates ou Pelé, quels en sont les mots sublimes, jonglage de l’embaixadinha, génie de la feinte de l’elastico. Vous apprendrez pourquoi tout amoureux du football est d’abord un amoureux d’un Brésil rêvé. Prolongation avec Le cinquième Beatles, encore de Vincent Duluc. Mais un roman, cette fois, basé justement sur le romanesque absolu et bouleversant de la vie de George Best, l’Irlandais de Manchester United. Un attaquant de génie, un viveur, une explosion de musique et de bière. Le héros de Duluc, découvrant Best lors d’un voyage d’ado en Angleterre, page 16: «J’ai appris qu’il avait déjà vécu 100 vies, connu mille femmes. Que l’Angleterre avait commencé d’être nostalgique quand il était encore là. Qu’elle avait considéré son propre reflet dans le miroir des flamboyances, des excès et des yeux violets de beau brun qui n’avait jamais sommeil et que les filles du Royaume empêchaient de dormir.» Vous sentez la grandeur? L’envie de hurler de bonheur, gorge nouée, le stade se lever, une fraternité s’inventer? Vous devinez le football et les hommes?

Christophe Passer, Journaliste, L’Hebdo

Le dribble n'est pas né par hasard au Brésil. Les premiers joueurs noirs ont commencé à dribbler pour éviter les contacts avec les défenseurs blancs et éviter de se faire rosser sur la pelouse et à la fin des matchs. Il s'est développé sur les plages et les terrains vagues, avec une pelote de chaussettes ou une petite balle en caoutchouc. C'est un mouvement de hanche, similaire à celui des danseurs de Samba et des lutteurs de Capoeira, ludique, acrobatique, marque des plus grands solistes, de Leonidas à Pelé. Il est ludique et acrobatique, "audace et joie" - la devise de Neymar : l'un des grands joueurs brésiliens, devenu l'emblème de toute une nation et de son rayonnement international. Cet éloge nous racontera ce que le dribble révèle de la culture et de la société brésiliennes. Il narrera ses origines et ses développements. Il parlera de ses légendes, de ses plus grands artistes, ces funambules qui ont transformé le foot en une danse irrationnelle. Qui ont fait du football un art sublime et puéril : si le foot demeure encore un jeu et suscite tant d'émotions, il le doit au dribble brésilien : un art, oui, libre, joyeux, passionné, habité par les mots.
Olivier Guez, romancier, scénariste, essayiste, travaille pour le Frankfurter Allgemeine Zeitung à Paris, mais aussi pour Le Monde et le New York Times. On lui doit notamment L'impossible retour, L'histoire des Juifs en Allemagne depuis 1945 (Champs Flammarion, traduit en neuf langues).
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