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Un fou rêve de machines de Turing


Janna Levin
Patrick Hersant (Traducteur)


Editeur: Markus Haller

Parution: septembre 2010

Format: Grand Format

Disponibilité:Généralement expédié sous 3 jours à 4 semaines (selon disponibilité locale)

Dimensions:22.5 x 14 x 1.5 cm

Pages:236 pages

EAN13:9782940427109

Chroniques Presse

Le Temps

Celui qui croyait au ciel, celui qui n'y croyait pas

Par Isabelle Rüf, mardi 14 décembre 2010

Le génie et la folie ont-ils partie liée, comme dans l'imagerie ­populaire? Janna Levin met en parallèle les vies de deux «savants fous», deux des plus grands mathématiciens du XXe siècle, tous deux foncièrement inaptes à la vie avec leurs semblables. Alan Turing (1912-1954) est considéré comme l'inventeur du système informatique. Le théorème d'incomplétude de Kurt Gödel (1906-1978) ouvre un abîme à la pensée qu'on peut résumer ainsi: «La vérité n'est pas toujours prouvable.» Une troisième figure fait le lien entre eux: la narratrice de «cette histoire de vérité et de logique» se met en scène, plutôt discrètement. Janna Levin, qui enseigne la physique et l'astronomie à l'Université Columbia à New York, ­raconte une histoire qui mène, dit-elle, «à l'athéisme et au mysticisme. Au désespoir et au suicide. A l'avenir, à notre passé. Au présent.» Gödel, «celui qui croyait au ciel», Turing, «celui qui n'y croyait pas»: les vers d'Aragon collent parfaitement à leurs destins tourmentés. Gödel et Turing ne se sont jamais rencontrés, même si leurs trajectoires se sont sans cesse frôlées, aimantées toutes deux par une des figures les plus marquantes de la philosophie du siècle dernier, Ludwig Wittgenstein. Janna Levin ouvre son portrait croisé à Vienne en 1931. Au Café Josephinum, les membres de ce qu'on appellera le cercle de Vienne tiennent séance autour du fondateur, Moritz Schlick, dans un climat de ferveur passionnelle. L'assassinat, par un étudiant perturbé, du physicien et philosophe plongera Gödel dans une des dépressions qui jalonneront sa vie. Gödel, réservé, à la limite de l'autisme, n'intervient que sur les questions de mathématiques, mais de manière fracassante. Il «apportera la preuve que certaines vérités existent en dehors de toute logique, et qu'il faut sortir de la logique pour espérer les appréhender». Un peu plus tôt, en 1928, dans un pensionnat pour garçons, en Angleterre, un adolescent de 16 ans se fait maltraiter lors d'un de ces bizutages qui s'abattent sur les marginaux. Un rite d'initiation, une punition. Alan Turing, ses obsessions bizarres, sa tenue négligée, ses éclats de voix incontrôlés, Turing qui fait des mathématiques pendant le cours d'histoire religieuse et qui met le feu à sa chambre avec ses expériences hasardeuses; ­Turing qui, pendant la guerre, chiffreur de génie, saura briser le code des services secrets nazis. Mais aussi Turing et son amour des garçons, d'un garçon inaccessible, surtout, un ange blond, bientôt emporté par la maladie. Dans l'Angleterre de la première moitié du XXe siècle, l'homosexualité est toujours un délit, le procès d'Oscar Wilde n'est pas loin. Quand Turing subira le sien, il choisira d'assumer publiquement ses préférences. A la prison, il préférera la castration chimique. Il se suicide en 1954, en croquant une pomme imbibée de cyanure, une pomme rouge comme celle de Blanche-Neige. Gödel vivra plus longtemps, jusqu'à l'âge de 72 ans. Sa forme d'autodestruction est lente, elle s'achève dans l'anorexie. A la fin, il ne pèse plus que trente kilos. Une femme tentera de l'arrimer à la vie, mais la peur de la réalité, sale, proliférante, l'emportera. Au-delà des anecdotes qui illustrent les pathologies des deux génies, le roman de Janna Levin met en lumière les enjeux de leurs démarches, sur une crête vertigineuse. Le théorème de Gödel postule que les mathématiques ont une existence en dehors de l'esprit humain, qui peut les percevoir en partie mais qui lui échappent. Il y aurait donc de la transcendance, quelle que soit la forme qu'elle revêt. Pour Turing, les mathématiques, tout comme l'idée de Dieu, sont une création des hommes. Sont-ils capables de créer également une machine pensante? Romancer des vies réelles, par ailleurs largement documentées, est toujours un parti risqué. Janna Levin s'en sort remarquablement. Même ses incursions personnelles dans le récit ne sont pas ­gênantes, elles forment un contrepoint, un pont entre ces deux démarches fascinantes et les capacités d'un lecteur moyen, voire nul en maths, à en percevoir le sens. Le jeune éditeur genevois Markus Haller publie essentiellement des essais en sciences ­humaines; cette première incursion dans le domaine de la littérature est une belle réussite.

Kurt Gôdel et Alan Turing, deux des plus grands mathématiciens du xxe siècle, ne se sont jamais rencontrés. Mûs par une curiosité sans cesse renouvelée, hostiles aux conformismes en vigueur, ils ont tous deux connu une fin tragique. Janna Levin raconte ici deux existences parallèles : les rencontres de Gôdel avec Wittgenstein et les membres du Cercle de Vienne au Café Josephinum, l'assassinat de son ami Moritz Schlick, l'exil américain, la difficile vie de couple ; les expériences traumatisantes du jeune Turing dans un internat anglais, ses conversations avec Wittgenstein à Cambridge, ses amours malheureuses et sa condamnation pour homosexualité. L'inquiétude intellectuelle des deux mathématiciens se manifeste à chaque page, notamment à travers leurs tentatives pour se comprendre eux-mêmes à la lumière de découvertes scientifiques.
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