select
Recherche avancée
S'identifier | Mon Compte | Aide
Vous n'êtes pas identifié

Élection présidentielle et politique-fiction

Joëlle Brack
21 avril 2017

Alors que l’élection présidentielle tient la France en haleine, la littérature s’offre une campagne explosive pour conjurer le spectre du FN !




©DR

« Voter (…) Le mot sonna comme un pet. » C’est avec ce raccourci simple mais expressif que, sur le site de lundimatin, le romancier Serge Quadruppani entamait l’été dernier un feuilleton participatif dont il repassait ensuite à d’autres co-auteurs le fil rouge mi-intello, mi-anarchiste : fondamentalement remise en question, l’élection présidentielle française sera finalement annulée ! De contribution en contribution, l’anticipation du marasme prendra des proportions phénoménales, allant du boycott des meetings au sabotage du matériel de vote en passant par des sondages à encéphalogramme plat et un électorat aux abonnés absents.

Fidèle à leurs engagements libertaires comme à leur brillante vocation d’éclairage du débat public, les Éditions de La Découverte sont entrées à leur tour dans la danse en publiant en novembre L’élection présidentielle n’aura pas lieu, essai (anonyme) diabolique dont la pimpante couverture couleur de pivoine cache une bombe à retardement propre à pulvériser les idées toutes faites les mieux ancrées. Annuler l’élection, celle dont on serine qu’elle est le moment le plus fort d’une démocratie, est-ce un fantasme de la politique-fiction ? Certes, mais, à la réflexion, rien de ce qui est décrit dans ce scénario époustouflant n’est impossible, ni ne requiert de moyens particuliers, sinon une prise de conscience de citoyens lassés de la politique, et une certaine solidarité dans la révolte pacifique… Pour 2017 c’est apparemment trop tard – mais après ?

Dans L’Élysée : Histoire, secrets, mystères, Patrice Duhamel et Jacques Santamaria décrivent avec verve les ors et les dessous du célèbre hôtel particulier de la Pompadour, exploré des caves de l’Histoire aux greniers des histoires à travers trois siècles d’existence, dont cent trente-huit années comme palais républicain. À les lire, on comprend que tant d’hommes politiques rêvent d’y loger quelque temps ! Mais ce rêve-là pourrait tourner un jour au cauchemar, et c’est bien ce que la littérature a compris, s’emparant de l’événement pour brosser, avec un réalisme et une vraisemblance dérangeants, ce qu’il pourrait advenir « si ».

Dans Les Républicains, histoire d’une soirée de rencontre ambiguë entre deux anciens étudiants devenus, l’une écrivain branchée, l’autre banquier, Cécile Guilbert brosse avec un désespoir féroce le tableau d’une élite intellectuelle, médiatique et politique gangrénée par la vacuité, sinon la cupidité. Les portraits d’actualité ne sont même pas cryptés, et l’ironie de plume traduit le désarroi et la déception de l’esprit devant tant de superficialité, tandis que plane sur Paris l’ombre sanglante des attentats. Que voteront ces deux-là ? Peut-être comme les autres, tous ceux qui auront mis dans l’urne le bulletin de trop, celui qui permet l’arrivée au pouvoir de l’extrême-droite…

Avec des motivations différentes, mais la même urgence et le même désir de conjurer le sort, deux romans anticipent ce résultat. Mais, alors que La Présidente s’est nommément installée dans la BD de François Durpaire et Farid Boudjellal, Minute et La nuit du second tour abordent la possible réalité par allusions. Signé Mehdi et Badrou, animateurs radio et chroniqueurs des « quartiers » issus du Bondy Blog, Minute (NB : qui est également le nom d’un média d’extrême-droite) a le style syncopé et le vocabulaire tranchant du rap, mais c’est bien un roman, avec son entrecroisement de voix diverses et d’émotions violentes, du bistrot du coin à une cellule de prison ou un QG de campagne, de la banlieue résignée ou révoltée au studio de télévision d’où l’avenir deviendra officiel – dans une minute. David et Mina, eux aussi, vivent intensément La nuit du second tour, mais sur un ton très différent. Le style d’Éric Pessan colle au plus près des émotions de ces jeunes gens que la perspective d’un quinquennat facho jette dans des réactions opposées, fuite vers le grand large pour Mina, ressassement pour David d’une colère (« L’univers des romans d’anticipation qu’il lisait adolescent vient d’éclore, sans qu’il se trouve un héros pour venir le combattre ») qui va pourtant déboucher sur la révélation d’une lutte à entamer. Une lutte personnelle mais à mener en confiance aux côtés d’autres animés du même élan, une lutte contre la tiédeur, le compromis et l’indifférence pour se donner une chance d’inverser la donne, et de renvoyer la politique dans les cordes.

« Les bouquins, fallait arrêter de les sacraliser » fulmine Fronsac le Républicain banquier. N’empêche : d’une manière ou d’une autre, l’écriture et la littérature jouent un rôle direct dans chacun de ces romans ! Sans doute parce que c’est bien là que se trouve en germe le rêve de tant de gens : renverser la table, sortir les sortants et tous les autres, repartir à neuf et redonner sel à la vie, à l’espoir, à l’avenir.



Les titres

 

 

L'Elysée

Histoire, secrets, mystères



Prix Payot

CHF 35,90

Généralement expédié sous 3 jours à 4 semaines (selon disponibilité locale)

Ajouter à ma liste
Autres formats

 

Les Républicains



Prix Payot

CHF 31,90

Généralement expédié sous 3 jours à 4 semaines (selon disponibilité locale)

Ajouter à ma liste

 

Minute



Prix Payot

CHF 27,20

Généralement expédié sous 3 jours à 4 semaines (selon disponibilité locale)

Ajouter à ma liste
Autres formats

 

La nuit du second tour



Prix Payot

CHF 26,70

Généralement expédié sous 3 jours à 4 semaines (selon disponibilité locale)

Ajouter à ma liste

 

Prix Payot

CHF 32,60

Généralement expédié sous 3 jours à 4 semaines (selon disponibilité locale)

Ajouter à ma liste

 

Prix Payot

CHF 32,60

Généralement expédié sous 3 jours à 4 semaines (selon disponibilité locale)

Ajouter à ma liste