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Philip Roth

Pascal Vandenberghe
23 mai 2018

Le romancier américain Philip Roth, auteur de Portnoy et son complexe et de Pastorale américaine, est décédé le 22 mai 2018 à l’âge de 85 ans.




©dr

S’il n’a pas obtenu le prix Nobel de littérature, Philip Roth a fait toutefois son entrée dans la prestigieuse « Bibliothèque de la Pléiade » (et dans son homologue anglophone, la « Library of America »), ce qui est une autre forme de reconnaissance. Il y a quelques années encore, qu’un auteur entre dans La Pléiade de son vivant était exceptionnel. C’est aujourd’hui plus fréquent. Si mon décompte est juste, ils étaient jusqu’à aujourd’hui au nombre de cinq, deux de langue française (Philippe Jaccottet et Jean d’Ormesson) et trois traduits : Mario Vargas Llosa, Milan Kundera et, depuis octobre 2017, Philip Roth. Serait-ce dû à l’allongement de l’espérance de vie (leur moyenne d’âge est de 87,4 ans !), ou plutôt à un assouplissement des critères pour entrer dans la catégorie des « classiques » ? Quoi qu’il en soit, cela modifie fortement l’approche éditoriale de la collection, puisque l’auteur a un droit de regard sur le choix des œuvres, voire leur traduction, comme ce fut le cas en l’occurrence avec Philip Roth, qui a demandé que les traductions d’origine soient revues afin de mieux rendre l’oralité de sa littérature.

Roth se situe à l’intersection des deux principaux courants de la littérature américaine : celui des « visages pâles », aristocratique et raffiné, incarné entre autres par Nathaniel Hawthorne, Herman Melville et Henry James, et celui des « peaux-rouges », avec une littérature plus populaire et spontanée dont les figures marquantes sont Mark Twain et Walt Whitman. La troisième catégorie, les « visages rouges » dont se réclame Roth, ne procède pas à son sens d’une synthèse harmonieuse, mais bien plutôt d’une tension féconde entre ces deux tendances.  Si, à nos yeux, les premiers romans de Philip Roth ne sont pas forcément tous des chefs-d’œuvre inoubliables, ils permettent en tout cas de suivre la formation d’un écrivain majeur, qui publia trente et un livres en une cinquantaine d’années, et de voir se modifier les influences qui le façonnent. Ses premiers jalons sont marqués par les auteurs juifs américains qui l’ont précédé, en particulier Bernard Malamud (1914-1986) et Saul Bellow (1915-2005). À cela s’ajoute l’influence d’autres auteurs américains, comme Mark Twain, mais aussi les écrivains européens, en particulier Flaubert puis, dans un second temps, Gogol, Tchekhov et, surtout, Kafka.

Dès son premier livre, Goodbye Colombus (1959), Philip Roth rencontre à la fois le succès et le scandale. Dans ce recueil, formé d’un court roman qui lui donne son titre et de cinq nouvelles, c’est en particulier celle intitulée La Conversion des juifs qui va provoquer l’ire des milieux juifs américains : le petit Ozzie Liebermann, 13 ans, va délibérément provoquer le rabbin Binder, qui dispense l’éducation juive à la synagogue, en lui posant des questions très simples, par exemple sur le « peuple élu », alors que la Déclaration d’indépendance stipule que tous les hommes sont nés égaux – les plus extrémistes iront jusqu’à comparer son livre à Mein Kampf !

Avec La Plainte de Portnoy (1967), autre forme de scandale : dans ce long monologue, Portnoy s’adresse à son psychanalyste, le Dr Spielvogel, à qui il raconte son enfance, ses rapports sexuels, pour ne pas dire ses obsessions et ses déviances. Dans l’Amérique des années 1960, il brise de nombreux tabous. L’ironie qui traversera toute l’œuvre de Roth y transparaît déjà très nettement. Le sein (1972) est très clairement inspiré du Nez de Gogol et de La Métamorphose de Kafka : dans ce court roman, le protagoniste David Kepesh va se transformer en un énorme sein, tout en gardant sa conscience et sa réflexion. Une forme de revanche et de pied-de-nez à ceux qui l’avaient traité de « bite ambulante » suite à la publication de La Plainte de Portnoy

Ma vie d’homme (1974), directement inspiré par la vie même de Roth, en particulier l’échec de son catastrophique premier mariage, et qui fut très long et difficile à écrire, constitue une première forme de rupture dans son œuvre, aussi bien sur le fond que sur la forme. Dans les deux premières parties, l’écrivain et professeur de littérature Peter Tarnopol raconte la vie de Nathan Zuckermann, lui-même professeur de littérature et écrivain. Dans la troisième partie (« Ma véritable histoire »), changement d’angle : Philip Roth reprend la main, et c’est la vie de l’écrivain Peter Tarnopol qu’il raconte ! Par cette mise en abyme, Philip Roth devient une sorte de marionnettiste manipulant ses différents personnages, rôle qui deviendra en quelque sorte sa marque de fabrique dans son œuvre ultérieure. Mais c’est le dernier roman du recueil, Professeur de désir (1977), qui marque un tournant majeur dans l’œuvre de Roth : sa découverte de Prague (où se déroule une partie du livre), sur les traces de Kafka, va renforcer le rôle actif de ce dernier dans la définition même du héros rothien.

Roth, qui s’est rendu à Prague pour la première fois en 1972, y a rencontré plusieurs écrivains tchèques, parmi lesquels Ivan Klíma, Milan Kundera et Václav Havel : il va alors convaincre les éditions Penguin de créer une collection consacrée aux « Écrivains de l’autre Europe » (« Writers from the Other Europe »), dont il devient le directeur jusqu’à l’arrêt de publication, en 1989, et dans laquelle seront traduits et publiés des écrivains tchèques, polonais, hongrois ou yougoslaves majeurs. Le premier titre publié sera Risibles amours de Milan Kundera, qu’il préface lui-même : ce soutien affiché aux dissidents tchèques lui valut un refus de visa en 1977 ! Prague occupe donc une place prépondérante dans la vie et l’œuvre de Roth, tout comme son amitié avec Milan Kundera, qui fut son ardent défenseur lorsque la réception de certains de ses premiers romans par la critique fut plus que mitigée, à commencer par La plainte de Portnoy (Portnoy et son complexe lors de sa première traduction française, en 1970), puis pour Ma vie d’homme, ou encore pour Professeur de désir. À l’occasion de la parution française de ce dernier roman, en 1979, Milan Kundera lui consacra un long article dans Le Monde des livres, dans lequel il rendait un hommage appuyé à Roth et à son usage de l’ironie « grâce à laquelle la vérité n’est jamais collée à son énonciation, mais se trouve ailleurs, par-delà les mots, de sorte que l’intelligence du lecteur est perpétuellement à sa difficile et amusante recherche. »

Dans un savant contraste entre ironie et loufoquerie d’un côté, et gravité des sujets traités de l’autre, Roth a ainsi incarné dès ses premiers livres un écrivain à scandale, qualifié dans un premier temps de « juif antisémite », accusé ensuite d’être un pervers sexuel, accessoirement taxé de misogynie par les mouvements féministes mais aussi par les critiques littéraires, qui lui reprochèrent en outre de jouer à perdre le lecteur entre le vrai et le faux. Mais pour lui, la littérature EST la vie. À la question « Qui suis-je ? », la réponse ne peut être que « Je suis justement le genre de personne qui écrit ce genre d’histoire ». Histoires qui font de Roth le roi des trilogies et cycles : sans que cela soit prémédité, une grande partie de son œuvre s’est en effet construite autour de personnages ou thématiques récurrents. La « trilogie kepeshienne », qui commence avec Le Sein (1972), voit apparaître le protagoniste David Kepesh, se poursuit avec Professeur de désir (1977) et se termine, bien plus tard, avec La Bête qui meurt (2001). Ou encore le « cycle Nathan Zuckerman » : ce personnage, considéré un peu vite comme l’alter ego de Roth, apparaît d’abord dans Ma vie d’homme (1974), puis dans L’écrivain fantôme (1979), Zuckerman délivré (1981), La leçon d’anatomie (1983), L’orgie de Prague (1985) et enfin Exit le fantôme (2007).

En 2010, alors âgé de 77 ans, Philipe Roth annonce pourtant qu’après Némésis il renonce à écrire des textes de fiction, engagement auquel il s’est tenu : c’est en soi assez remarquable. Vous n’aurez certainement ni le temps ni peut-être l’envie de lire l’ensemble de son œuvre. Aussi, si vous ne devez en lire que quelques-uns, voici mes recommandations (parfaitement subjectives et discutables !). À mes yeux, les livres les plus marquants de Roth sont ceux qui forment la « trilogie américaine » : Pastorale américaine (1997), J’ai épousé un communiste (1998) et La tache (2000). Ils sont donc assez tardifs et, contrairement aux autres cycles, ont été écrits « à la suite ». L’écrivain Philip Roth y atteint le sommet de son art.

Pascal Vandenberghe, Directeur général, Payot Libraire



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Le Sein



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La bête qui meurt



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Professeur de désir



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