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La lecture de livres, facteur de longévité

Pascal Vandenberghe, Président-Directeur Général, Payot Libraire

28 août 2016

Article paru dans Le Matin Dimanche du 28 août 2016



La très sérieuse revue scientifique Social Science & Medecine, publiée par Elsevier, a rendu publique cet été une non moins sérieuse étude de chercheurs de la Yale University School of Public Haelth, Laboratory of Epimemiology and Public Health, qui montre que la lecture de livres augmente sensiblement la longévité.

Contrairement aux études antérieures sur les effets de la lecture sur la durée de vie, qui ne distinguaient pas la lecture de livres de celle des journaux et magazines, celle-ci est partie du principe que les effets de la lecture n’étaient pas les mêmes selon qu’on lisait un livre ou un autre média, et ce, pour deux raisons. La première est que la lecture du livre promeut une « lecture profonde », qui est un processus lent et immersif ayant une forte influence sur les capacités cognitives. La seconde est que la lecture de livre encourage le développement de facultés d’empathie, de perception sociale et d’intelligence émotionnelle, qui sont reconnues comme des processus cognitifs pouvant favoriser la longévité, d’autres études médicales montrant que de meilleurs comportements de santé et une réduction du stress découlent de ces facultés  et peuvent ainsi expliquer ce phénomène.

Réalisée sur un échantillon de 3'635 sujets, l’étude tient compte de nombreuses variables (genre, âge, race, santé, niveaux d’éducation, statut social, marital, etc.), afin de vérifier si le résultat peut être influencé par l’une ou l’autre de ces variables différenciant les individus de l’échantillon. Trois catégories de population ont été définies : les non-lecteurs, les lecteurs occasionnels (moins de 3h30 de lecture par semaine, soit une moyenne d’une demi-heure par jour) et les lecteurs consacrant plus de 3h30 par semaine à la lecture.

Sans surprise – car il semble bien que ce profil soit universel ! –, on notera que l’étude souligne que ce sont les femmes disposant d’un bon niveau d’éducation et d’un niveau de revenu élevé qui constitue le plus important groupe de lecteurs.

Cela dit, passons aux résultats eux-mêmes : par rapport à ceux qui ne lisent pas, les lectures occasionnels auraient 17% de risques de moins de mourir dans les douze années qui suivent. Pour les personnes lisant plus de 3h30 par semaine, ce taux s’élève à 23 % ! En moyenne, les lecteurs de livres âgés de plus de cinquante ans ont une espérance de vie moyenne de près de deux ans (23 mois, pour être précis) de plus que ceux qui ne lisent pas du tout. Si l’on admet communément que les activités casanières sont nuisibles à la santé, cette étude semble aller à contre-sens, la lecture étant majoritairement casanière. Quoi qu’il en soit, pour les churchilliens invétérés (« No sport ! ») dont je fais partie – et nous sommes plus nombreux que  ce que l’on croit… – c’est une grande et vraie bonne nouvelle : le sport cérébral peut donc régater face au sport physique ! À moins, bien entendu, de lire au volant ou en traversant la route (mais il y a des livres enregistrés pour ce genre de besoins) et d’occasionner de la sorte un « accident littéraire » qui pourrait venir fausser l’étude en raccourcissant drastiquement l’espérance de vie du lecteur assidu…

Dans un article qu’a consacré le New York Times à cette étude, Becca R. Levy, professeure d’épidémiologie à Yale qui l’a copilotée, a expliqué : « Même les gens ne déclarant qu’une petite demi-heure de lecture par jour ont un avantage significatif de survie par rapport aux non-lecteurs. Et cet avantage demeure même en ajustant les variables que sont la santé, l’éducation et les capacités cognitives. »

Trente minutes de lecture par jour (au minimum) est donc la posologie recommandée pour vivre plus longtemps. Mazette, mais je vais finir centenaire, moi ! Et vous aussi, je vous le souhaite…

Pascal Vandenberghe
Président-Directeur général
Payot Libraire


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