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Le prix des livres en 6 questions/réponses

Pascal Vandenberghe, Directeur général, Payot Libraire
07 février 2011



Madame, Monsieur,
Chère Cliente, cher Client,


Vous êtes nombreux à manifester votre incompréhension – pour ne pas dire votre mécontentement – face au différentiel de prix que vous constatez sur les livres importés (environ 80% des livres en langue française vendus en Suisse romande viennent de France), qui s’est accru depuis la baisse de l’euro face au franc suisse en 2010.
Certes, le prix des livres en Suisse n’a pas augmenté. Il a même un peu baissé dans la majorité des cas (de 5 à 7% depuis janvier 2010 pour la plupart des éditeurs), mais pas dans les mêmes proportions que l’euro depuis un an (plus de 15% de baisse).
Il nous paraît important d’apporter des réponses aux questions que vous vous posez, d’une part pour vous expliquer les mécanismes et les raisons de ce phénomène et, d’autre part, pour vous informer de la position de Payot Libraire sur cette question, des actions qui sont menées dans ce domaine et des perspectives d’évolution de la situation.

1. QUI FIXE LE PRIX DES LIVRES EN SUISSE ?
Le système en Suisse romande pour l’importation des livres français repose sur les mêmes fondements que dans leur pays de production, en l’occurrence un système de diffusion/distribution exclusif. Ceci signifie qu’un libraire ne peut commander les livres d’un éditeur donné que chez un et un seul fournisseur en Suisse, qui applique les prix fixés par le diffuseur. Il n’y a donc pas de concurrence entre fournisseurs, et chaque diffuseur est libre de fixer unilatéralement les prix des éditeurs dont il a l’exclusivité.
Les diffuseurs ayant des politiques de prix différentes, deux livres d’éditeurs différents ayant le même prix de vente en euros peuvent de ce fait être vendus, en francs suisses, à des prix différents l’un de l’autre.

2. POURQUOI LA BAISSE DE L’EURO N’EST-ELLE PAS DAVANTAGE RÉPERCUTÉE SUR LE PRIX DES LIVRES EN SUISSE ?
Pour tous les éditeurs français diffusés et distribués en Suisse, nous nous approvisionnons, en tant que libraires, auprès des diffuseurs en Suisse et nous payons les livres en francs suisses : nous ne bénéficions donc pas de la baisse de l’euro et ne pouvons par conséquent pas la répercuter sur les prix. Seuls les diffuseurs, qui achètent les livres en euros, peuvent le faire. Si nous pouvons les y inciter, nous ne pouvons pour autant pas les y contraindre.
La plupart d’entre eux ont décidé et appliqué des baisses de prix en 2010, de l’ordre de 5% à 7%. Si cette baisse n’est pas négligeable, elle n’est cependant pas suffisante pour que les consommateurs l’aient perçue, dans la mesure où elle est très inférieure à la baisse réelle de l’euro (autour de 1,50 en janvier 2010 et de 1,25 un an plus tard, soit une baisse de plus de 15%).

3. POURQUOI PAYOT NE S’APPROVISIONNE PAS DIRECTEMENT EN FRANCE ?
Les diffuseurs sont majoritairement des filiales des groupes français d’édition. Nous ne pouvons ouvrir de comptes en France sans leur accord et sans la garantie de pouvoir bénéficier du niveau de services dont nous avons besoin pour vous satisfaire.
Par ailleurs, si un groupe comme Payot pourrait envisager d’organiser ses flux de marchandises depuis la France, ce ne serait pas le cas pour les libraires indépendants. Mais si Payot s’approvisionnait en direct, cela déstabiliserait fortement le marché et aurait des conséquences néfastes sur le réseau des libraires indépendants.
Nous considérons que notre position de leader du marché nous confère une responsabilité envers les autres acteurs, en particulier les libraires les plus fragiles. Et si nous appelons de nos voeux une réforme du système, nous ne voulons pas provoquer son implosion qui, par réaction en chaîne, mettrait en péril le réseau des indépendants et entraînerait très certainement, dans un délai assez court, la disparition de nombre d’entre eux.

4. QU’EST-CE QUE LE « PRIX JUSTE » ?
La position de Payot sur le « prix juste » est claire depuis plusieurs années : le niveau de prix par rapport au prix d’origine doit, d’un côté être acceptable par les consommateurs et, de l’autre, permettre aux libraires d’assurer leurs frais de fonctionnement, plus élevés qu’en France (salaires, loyer, charges…), tout en garantissant le niveau de service attendu par les consommateurs, notamment des libraires qualifiés suffisamment nombreux.
Nous estimons que, en tenant compte également des différences de pouvoir d’achat, un surcoût de l’ordre de 20% permettrait de satisfaire à ces conditions. Avant la baisse de l’euro, la « tabelle » (coefficient multiplicateur appliqué par les diffuseurs sur le prix d’origine converti en francs suisses) se situait entre 1,25 et 1,40. La « dérive » de l’euro a mécaniquement provoqué – les tabelles n’étant revues à la baisse qu’à hauteur de 5 à 7% – une augmentation entre le prix d’origine et le prix final en francs suisses du différentiel qui se situe à l’heure actuelle plutôt entre 1,35 et 1,60.

5. QUELLES SOLUTIONS POUR ATTEINDRE LE « PRIX JUSTE » ?
Si la situation actuelle est difficilement acceptable, deux issues sont toutefois possibles.
Première option, la voie législative. En effet, un projet de loi de réglementation du prix du livre en Suisse est à l’étude. Il devrait passer en deuxième lecture au Conseil des États à la session du printemps 2011. Dans sa version actuelle, si la loi est votée et entre en application, elle confèrerait à la Surveillance des prix la possibilité d’agir contre les prix jugés abusifs, ce qui permet d’imaginer que les excès ne seront plus possibles.
Seconde option, la voie administrative. La Commission de la Concurrence (COMCO) a ouvert en février 2009 une enquête officielle contre les diffuseurs français, dans le but de vérifier si leurs pratiques actuelles de fixation des prix sont ou pas en infraction avec la Loi sur la concurrence. Si la COMCO répond positivement à cette question, elle pourra agir dans le sens d’une baisse des prix. Nous attendons toujours qu’elle rende ses conclusions.

6. ET POUR CONCLURE ?
Vous l’aurez compris, il n’existe pas de solution simple, et a fortiori qui soit activable par notre seule volonté et notre seule action.
Le prix n’est toutefois pas le seul critère pour les consommateurs, et le débat actuel autour de cette question ne doit pas occulter les autres attentes : le confort de nos librairies, l’accueil et la compétence de nos libraires, la largeur et la qualité de l’offre qui vous est proposée, et les différents services que nous vous offrons. Il est en tout cas au coeur de nos préoccupations de continuer à vous assurer le niveau de qualité que vous attendez et de vous satisfaire.


Au nom de l’ensemble des collaborateurs de Payot Libraire, je vous remercie pour votre fidélité et votre confiance, qui sont pour nous la plus belle récompense de notre travail.

Pascal Vandenberghe
Directeur général
Lausanne, le 7 février 2011


MINI-GLOSSAIRE DE LA CHAÎNE DU LIVRE IMPORTÉ    (1)

Éditeur.
Il publie le livre et fixe son prix de vente pour son marché d’origine (en l’occurrence la France). Il assure la promotion de sa production et des auteurs auprès des médias.
Diffuseur. Il assure la commercialisation et la promotion auprès des revendeurs (libraires) et décide (pour la Suisse) des prix de vente qui seront appliqués ainsi que des conditions commerciales du revendeur (libraire), donc de son prix d’achat. Tous les grands diffuseurs présents en Suisse sont des filiales des groupes français d’édition.
Distributeur. Il assure le stockage, les flux physiques et la facturation aux revendeurs (libraires), en appliquant à chaque revendeur le prix de vente et le prix d’achat fixés par le diffuseur. Le principal distributeur, OLF, autonome des diffuseurs, n’est donc pas responsable des prix des livres pour lesquels il n’assure que la distribution.
Libraire (ou revendeur). Maillon final de la chaîne du livre, au contact direct des lecteurs acheteurs de livres, il propose les livres à la vente au consommateur. S’il n’est pas légalement obligé de respecter les prix fixés par le diffuseur, tout rabais pratiqué ampute directement sa marge, qui dépend à la fois du prix de vente fixé par le diffuseur et du prix d’achat qui découle du taux de remise (conditions commerciales) que lui accorde le diffuseur.
Groupes. Les grands groupes d’édition pratiquent en général les trois premiers métiers : édition (sous différentes marques), diffusion et distribution. En Suisse, trois grands groupes français (Flammarion, Editis/Interforum, Gallimard/Cinq Frontières) sous-traitent la distribution, confiée à une autre société (OLF). Hachette possède sa propre structure de distribution (Diffulivre). Le cas du groupe Volumen (Le Seuil/La Martinière) est particulier, puisque la société de distribution (Servidis) est partagée entre Volumen et Slatkine, éditeur suisse.


(1) Nous ne nous intéressons ici qu’aux cinq principaux groupes d’édition, qui représentent à eux seuls environ 85% des ventes de livres en langue française en Suisse.


Voir Aussi :

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