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PAYOT FAIT LE PARI DU LIVRE ÉLECTRONIQUE

Article paru dans L'Hebdo du 10 février 2011

Par Christophe Schenk, Journaliste, L'Hebdo
11 février 2011

NUMÉRIQUE. Les liseuses électroniques débarquent dans les rayons du géant romand du livre. Un choix réfléchi qui pourrait convaincre les plus grands lecteurs par son offre et son prix, malgré les limitations dues à la gestion des droits numériques.



Le livre électronique est-il avenir des libraires ou sonne-t-il leur glas? Depuis l’apparition des premières liseuses et malgré le succès du Kindle d’Anmazon et la fièvre de l’iPad, la question reste ouverte. En dix ans, le règne de l’iTunes et du MP3 s’est accompagné d’une hémorragie parmi les disquaires. Les libraires devraient-ils s’en inspirer et jouer la prudence ou le conservatisme pour se maintenir?
Directeur de Payot en Suisse, Pascal Vandenberghe n’est pas de cet avis. Et annonce l’apparition de liseuses électroniques sur les rayons de ses Iibrairies. Dès le 16 février, deux modèles seront en vente dans les magasins du géant romand du livre, pour 269 et 349 francs. Et dès la seconde quinzaine d’avril, il sera même possible d’acheter directement des livres en format numêrique... dans les librairies Payot.

Une question de choix … « Il est important de maintenir le rôle de conseiller du libraire, explique Pascal Vandenberghe, au moment de justitier son choix. De plus, grâce aux récents accords français entre les éditeurs et le Ministère de la culture, la numérisation des ouvrages va permettre de rendre disponibles des titres épuisés depuis longtemps, mais pourtant demandés par les lecteurs. » Et de relever qu’actuellement, seules dix des cinquante dernières années de production Iivresque sont disponibles en ouvrages papier.
Reste qu’en optant pour une liseuse et non une tablette - Payot privilégie le texte pur, facilement transposable en format numérique, laissant de côté une bonne moitié de la production qu’il propose en livres traditionnels, du guide de voyages au recueil de recettes de cuisine. Mais ce choix correspond à la réalité des technologies actuelles.
Comme le souligne Frédéric Kaplan, de BookApp.com, entreprise spécialisée dans la création de livres-applications, «aucune solution n’a encore été inventée pour les ouvrages qui nécessitent un travail sur l’interactivité». A tel point qu’il faut concevoir chaque livre comme une application unique.
« Dans le cadre de textes immersifs comme les romans ou les essais, on sait désormais comment procéder, poursuit-il. En se lançant aujourd’hui, cela va permettre de réfléchir au rôle du libraire, mais également à la réaction des lecteurs. » Des lecteurs qui seront peut-être séduits, moins attachés au livre traditionnel - comme on l’a longtemps pensé – qu’à leurs libraires.
La capacité offerte par les liseuses pourrait ainsi convertir les plus grands lecteurs ou les grands voyageurs. Les modèles choisis par Payot - du fabricant Bookeen - permettent ainsi de stocker jusqu’à 2000 ouvrages sur un unique support. Et profitent d’une batterie économique, puisqu’ils ne proosent pas de rétroéclairage - au contraire des tablettes.

… Et de prix. Mais l’argument le plus convaincant pourrait bien être Ie prix. « Si l’économie est faible pour le lecteur français, elle sera importante pour les Romands, note Pascal Vandenberghe. Car on échappera à certains frais, notamment la taxe surIe papier. »
Et de citer pour exemple le récent prix Goncourt, La carte et le territoire de Michel Houellebecq. Vendu 22 euros en France, le livre est actuellement proposé à 42 francs et 60 centimes en Suisse romande. Le livre électronique, lui, n’est qu’à 15 euros, soit environ 20 francs pour la Suisse, selon le cours actuel de l’euro. Ce qui revient une économie de 55%.
Reste un bémol: les DRM (la gestion des droits numériques). Le format ePub – crée par Adobe – n’autorise la lecture d’un livre que sur un nombre limité de périphériques (six). C’est suffisant pour permettre une sauvegarde de ses achats en cas de perte de sa liseuse. Mais cela tranche avec les habitudes du livre traditionnel, qui se passe de main à main, aussi souvent que désiré. Le marché musical a progressivement abandonné les DRM, sous l’impulsion d’AppIe, pour répondre aux problèmes d’interportabilité. Plus jeune, le marché du livre électronique devra sans doute se poser le question à son tour, afin de convertir totalement son public.


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