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Prix des lectrices Edelweiss



Lancé en 2007 à l’initiative du magazine féminin suisse
edelweiss avec Payot Libraire pour partenaire, le Prix des Lectrices edelweiss a immédiatement gagné ses lettres de noblesse ! Son système de sélection en deux vagues, qui implique la contribution active de six libraires et de onze lectrices enthousiastes, permet de distinguer dix-sept nouveautés de l’année : parmi elles, le roman qui, en octobre, recevra le Prix des Lectrices edelweiss


8e Prix des Lectrices Edelweiss

Joëlle Brack
22 octobre 2014

Le jury du Prix des lectrices Edelweiss 2014, dont Payot Libraire est partenaire, a été attribué à Grégoire Delacourt pour On ne voyait que le bonheur.




Le 8e Prix des lectrices Edelweiss figurait-il sur la liste des envies de Grégoire Delacourt ? Alors que la saison des sélections de prix littéraires bat son plein, avec ses paris et ses lacunes, le jury de dix lectrices du magazine féminin romand a, lui, rendu son verdict avant tout le monde – seule l’Académie Nobel l’aura précédé dans son calendrier des distinctions !

Entraînées par Laurence Desbordes, rédactrice en chef d’Edelweiss qui, en partenariat avec Payot Libraire, lança le Prix en 2007, dix lectrices recrutées pour leur appétit de lectures et leur aisance à les analyser ont passé une bonne partie de leur été – par chance pluvieux… – à dévorer, décortiquer puis défendre les romans qu’elles ont aimés. En l’occurrence sept nouveautés à paraître (eh oui, la participation au jury relève du délit d’initiées !), choisies pour elles par des libraires Payot parmi les fictions francophones de la rentrée littéraire. Ces sept ouvrages, illustrant la diversité de la production romanesque à cette période exceptionnelle de l’année, ont ainsi rejoint dans le cœur et les notes de travail des jurées les trois romans déjà retenus par elles en juin dans une première sélection Payot de dix titres parus au cours du premier semestre 2014. Ce sont donc bien dix-sept histoires en tout, et plusieurs milliers de pages, que ces athlètes de la lecture ont explorées avec enthousiasme en quelques semaines pour donner leur avis : leur choix final ne doit donc rien au hasard, mais relève d’un véritable travail de fond, studieux et passionné, qui n’a rien à envier à celui des critiques professionnels !

Peut-être surprises, après la douceur émouvante de La liste de mes envies ou la légèreté tendre et acidulée de La première chose qu’on regarde, les jurées n’ont pas hésité à accorder leurs suffrages à un Grégoire Delacourt embarqué, cette fois, dans un roman intimiste et plutôt sombre. On ne voyait que le bonheur revient en effet sur la vie d’Antoine, une vie socialement acceptable – divorcé, deux jeunes enfants, un bon poste dans une assurance – mais humainement atrophiée, anémique. Lui qui passe son temps à estimer le dédommagement dû aux familles de victimes ne se prise pas très haut, ses parents (sa mère est partie, son père l’a ignoré) encore moins. Voyant le schéma familial se répéter pour ses enfants, il envisage de les en libérer tous trois de la manière la plus radicale… Qu’est-ce qui aurait pu aller mieux, avant, après aussi peut-être, pour que le bonheur annoncé par le titre trouve sa place dans ces destins malmenés ? Juste, délicat et poignant, le style sans effets apparents de Grégoire Delacourt distille l’émotion au détour d’un détail, dans le pli d’un regret, dans l’espoir d’un projet, mettant en regard trois époques de la vie d’Antoine pour lui rendre, loin des estimations d’assurance, sa véritable valeur humaine…


Voir Aussi :

Voir les ouvrages de la première sélection >
Voir les ouvrages de la seconde sélection >

Grégoire Delacourt. «C’est le premier beau prix que je gagne pour ce livre»

Par Linn Levy, Journaliste, Edelweiss

Article paru dans le mensuel Edelweiss de novembre 2014

Il a connu un succès étourdissant avec son roman, La liste de mes envies, publié en 2012. Grégoire Delacourt se retrouve en tête des ventes avec son nouveau livre, On ne voyait que le bonheur, et gagne le Prix des lectrices Edelweiss 2014. Il raconte l’histoire tragique et édifiante d’Antoine, un assureur qui s’interroge sur le sens des choses et commet (presque) l’irréparable.




Les jardins de l'Hôtel Amour, l'endroit parfait pour rencontrer l'auteur d'On ne voyait que le bonheur. Grégoire Delacourt arrive, une valise à la main, s'excuse de son minuscule retard, est happé par le patron des lieux qui lui parle du roman. Puis il sourit, passe la commande, «juste un verre d'eau». Il marque un temps d'arrêt. S'amuse de notre carnet, de notre stylo - old school - «moi aussi j'aime prendre des notes à la main», glisse-t-il avec empathie.
Sélectionné sur la première liste du Goncourt, en tête des ventes, On ne voyait que le bonheur est le grand gagnant du Prix des lectrices Edelweiss 2014.

On ne voyait que le bonheur est votre quatrième livre, mais vous vivez votre première rentrée littéraire. Un moment particulier? Qu'est-ce que cela change?
(Il sourit puis, d'un doigt, montre la valise posée à ses pieds.) Ça. Je suis tout le temps sur la route. Je reviens ce matin de Nantes et quitte Paris dans une heure pour me rendre à Nice. Et je vais continuer à sillonner ainsi la France. C'est un moment génial, magnifique et dur à la fois. C'est un peu le Festival de Cannes: une période exaltante, excitée, excitante, très joyeuse et un brin agressive. Il y a plus de 600 livres qui sortent, beaucoup d'appelés, peu d'élus, de grandes déceptions, des joies incomparables, des prix littéraires... On parle intensément du livre, c'est bien, mais il y a peu d'ouvrages qui tiennent jusqu'à Noël. Or le livre est un produit qui a besoin d'un peu de temps quand même. Et là, tout va très vite.

Pourquoi écrire?
Je m'y suis mis à 48 ans. J'en avais envie, cette envie est devenue un besoin, puis enfin un plaisir. Vous savez, j'ai un métier à plein temps (ndlr: il est à la tête d'une agence de pub), je ne suis pas dans l'obligation de produire, il n'y a pas de calcul et ça, les lecteurs le sentent. A la cinquantaine, certains font le tour du monde, se mettent au golf, prennent une maîtresse. Pour moi, ç'a été écrire, et c'est un plaisir inouï, même si j'écris parfois des choses tragiques. Physiquement, c'est comme danser quand vous aimez danser, c'est un exercice extrêmement jubilatoire. Je ne l'envisage pas autrement. Je ne connais pas l'angoisse de la page blanche.

Quelle est la place du doute dans votre travail?
Le doute est un moteur génial, un coup de pied salutaire, ça donne envie de se dépasser. Et c'est ce qui fait que je ne me contente pas de la facilité. Mais ce n'est pas tout d'avoir des doutes, il faut avancer, faire. Je travaille énormément. L'écriture est un pont, pas une destination. Ce ne sont pas les mots qui sont importants, c'est ce qu'ils disent. Ecrire, pour moi, est une libération. Dans un premier temps, je ne me pose pas la question de savoir si ce que je fais est bien ou pas, j'écris. Ce questionnement vient ensuite, au moment de la relecture et avec mon éditeur.

Dans La liste de mes envies (2012), il était déjà question d'argent (l'héroïne gagne au loto). Là, le narrateur est assureur et les titres des chapitres d'On ne voyait que le bonheur se résument à des chiffres.
L'argent est emblématique de ce qui dirige notre présent.On ne voyait que le bonheur est une réflexion sur la valeur des choses, sur l'absurdité du monde dans lequel nous vivons, où tout est quantifié et quantifiable. Le narrateur, Antoine, est un expert en assurances qui finit par s'interroger sur la valeur de son existence. Et puis, pour tout dire, cela m'a amusé de rendre la monnaie de leur pièce à ces chiffres qui ne veulent rien dire.

Certains critiques ont rangé votre livre dans la catégorie des feel good books
Je ne fais pas de feel good books car je ne calcule pas. Comme je vous l'ai dit, j'ai un métier qui m'occupe huit heures par jour, je n'écris pas pour gagner de l'argent. Chaque livre est pour moi un premier livre. Et la qualité de mes romans est peut-être précisément qu'ils touchent les gens. Parce que j'essaie de comprendre le monde fascinant et terrifiant dans lequel nous vivons. C'est un exercice prodigieusement passionnant et qui nous concerne tous. Si quelques journalistes n'aiment ni le succès ni les livres qui marchent, c'est leur problème. Je me protège beaucoup des critiques, bonnes ou mauvaises. Certaines sont blessantes, humiliantes même - et ont parfois touché mes enfants -, d'autres, celles qui encensent, sont tout aussi dangereuses, parce qu'il ne faut jamais croire que ça y est, qu'on y est arrivé. Vous savez, ce que j'aime par-dessus tout, c'est aller à la rencontre des libraires, au contact des lecteurs. J'ai un lien très fort, très amical, simple et direct avec le public. Enormément de gens m'écrivent, viennent me voir, me disent des choses très fortes.

Justement, vous êtes le grand gagnant du Prix des lectrices Edelweiss 2014.
Un prix de lecteurs - et les lecteurs qui me lisent sont en grande majorité des lectrices - c'est ce qui peut arriver de mieux à un livre, car c'est incorruptible. Ce Prix des lectrices Edelweiss m'enchante parce que c'est le premier beau prix que je gagne pour On ne voyait que le bonheur, mon livre le plus personnel. Et puis je suis ravi d'être de retour ici car je suis tombé amoureux des bords du Léman cet été lorsque je suis venu à Morges. J'ai envie de revenir dans la région pour écrire, c'est si beau. La reconnaissance de vos lectrices me touche énormément car ce quatrième roman s'est d'une certaine façon imposé, je n'avais pas prévu de l'écrire, il est né presque malgré moi. Il y a vingt-deux mois, on m'a annoncé que mon père allait mourir. Toute une série de questions ont alors déferlé dans ma tête: qu'est-ce qu'être un fils, un père, qui allais-je perdre. Et ce roman m'est venu. Le jour où j'en ai terminé l'écriture, mon père est mort. Pour tout vous dire, je ne me suis pas encore remis à écrire car, après tout cela, je suis sorti vidé et orphelin.

Une adaptation cinématographique est-elle prévue?
Il y a des choses en cours, mais rien n'est officiellement fait, je ne peux rien dire. Et cela risque d'être compliqué, à cause du casting du personnage principal: j'aimerais que le spectateur ait envie de le prendre dans ses bras malgré tout ce qu'il a fait. Et je ne vois pas d'acteur français dans ce rôle-là, plutôt un Américain.

Un défi pour finir. Vous êtes publicitaire, trouvez-moi un slogan qui décrive le milieu littéraire français.
«Je t'aime moi non plus.» C'est ce qui définit les liens dans ce milieu, assez petit finalement, où tout le monde aime l'autre mais se préfère lui. «J'adore ce que vous faites, mais je préfère mon livre.» Et on ajoute un smiley à la fin. J'y ai aussi rencontré des gens magnifiques, des écrivains rares, qui aident les autres. Et puis, restons sobres, lucides, il ne s'agit que de livres, de petits bouts d'entertainment. On ne sauve pas des vies, on ne transplante pas de cœurs.


PRIX EDELWEISS 2014

On ne voyait que le bonheur

Grégoire Delacourt

Prix Payot

CHF 31,90

PRIX EDELWEISS 2013

Le milieu de l'horizon

Roland Buti

Prix Payot

CHF 27,00

Prix edelweiss 2012

La déesse des petites victoires

Yannick Grannec

Prix Payot

CHF 35,10

Prix edelweiss 2011

Homo erectus

Tonino Benacquista

Prix Payot

CHF 26,60

Prix edelweiss 2010

Celles qui attendent

Fatou Diome

Prix Payot

CHF 32,00

Prix edelweiss 2009

Ce que je sais de Vera Candida

Véronique Ovaldé

Prix Payot

CHF 32,90

Prix edelweiss 2008

Les Déferlantes

Claudie Gallay

Prix Payot

CHF 34,00

Prix edelweiss 2007

A l'abri de rien

Olivier Adam

Prix Payot

CHF 31,20